Nos dernières semaines en un ultime article ! Ces lignes auront été écrites la veille de notre vol retour vers le vieux continent et marquent le terme de huit mois de tribulations à travers 3 continents... On aura tout le loisir d'épiloguer sur les sentiments contrastés que cela suscite de vive voix avec nos proches que l'on ne tardera pas à voir ; on s'abstiendra également d'essayer de réaliser quelque bilan que ce soit, de même que l'on prévient n'avoir rien à répondre de bien pertinent à la question : « alors ? comment c'était ? ».
Nous en étions restés à Buenos Aires où nous sommes arrivés en la compagnie de nos co-voyageurs d'alors, Pierre et Rémi et où l'on retrouvait Agnès qui avait également réalisé un bout de route en notre compagnie dans le nord argentin.
Après une soirée passée à fêter le départ de ladite Agnès qui s'en rentrait au plat pays (en Belgique), nous nous sommes rendus le lendemain à Tigre, un quartier relativement excentré de Buenos Aires. Là, nous avons vogué au gré des flots sur le labyrinthe de canaux en lesquels se divisent la Plata, le vaste fleuve au nord de la capitale. Le soir même, nous célébrions cette fois notre dernière soirée en la compagnie de nos deux acolytes nancéens ; nous l'avons fait comme il se doit, en nous pétant la panse d'une quantité de viande qui vaudrait un AVC à tout militant de Greenpeace !!!
En étant revenus à notre duo coutumier, nous avons mis à profit les jours suivants pour visiter les différents quartiers de la vaste ville de Buenos Aires. La ville concentre en effet avec pas loin de 13 millions d'habitants, près du tiers de la population argentine totale. Tout ce beau monde s'organise en une métropole moderne, souvent comparée à sa cousine nord-américaine, New-York. La ville se divise en de nombreux quartiers dotés chacun d'une atmosphère -parfois même d'une architecture- propre. Le quartier de Palermo est branchouille et regroupe quantité d'artistes ; Santelmo est plus populaire et donne volontiers dans l'artisanat foutraque ; Puerto Madero, le port reconverti est tant soit peu guindé ; Microcentro, l'hypercentre, se perd dans les affres de l'occidentalisation, etc, etc.
Nous avons le plaisir de découvrir partout de sympathiques marchés, de petits musées fort intéressants, une population souriante, accueillante et prenons en conséquence grand plaisir à séjourner près d'une semaine dans la ville.
Carton rouge pour nous : nous n'avons pas mis les pieds dans la Boca, quartier populaire qui doit sa notoriété à l'équipe de foot qui y réside et y joue le rôle d'un véritable centre névralgique. Nous avons zappé l'endroit principalement par manque d'intérêt pour le ballon rond !
À Buenos Aires où nous nous perdions en spéculations quant aux suites à donner à notre voyage, nous prenons finalement la décision de mettre le cap plein sud et de s'en aller se perdre dans les confins australs du pays : en Patagonie et en terre de Feu !
Notre première étape patagone sera la région du Parque de Los Glaciares, bordée par les villes d'El Chalten et d'El Calafate. Au départ de la première de ces villes, nous nous adonnons quelques jours durant à la randonnée dans le parc. Les conditions sont loin d'être optimales : en plein hiver austral que nous sommes, les chemins sont copieusement enneigés quand ils ne sont pas glacés ! Quant aux points de vue, ils livrent des paysages jouant à cache-cache avec des nuages que poussent de violents vents. Le résultat en est que, même si l'on ne profite pas pleinement des miradors (cf photo aq), on a tout le loisir de profiter d'une nature, du décor parfaitement stupéfiant des pré-andes patagones hors de la saison touristique.
De retour sur El Calafate -où nous tenons à saluer le dueño (gérant) de la guesthouse Huemul qui a été d'une infinie gentillesse doublée d'une serviabilité sans bornes- nous signons pour une expédition sur l'attraction locale, le glacier Perito Moreno.
Ce glacier, d'accès facile, est une incroyable montagne de glace de 60 kilomètres de long, 5 kilomètres de large pour une moyenne de 60 mètres de haut. Après une petite croisière sur ses alentours, nous nous chaussons de crampons pour y réaliser une petite randonnée. L'excursion vaut amplement la dépense qu'elle demande : les paysages glaciaires désolés taillés au rasoir qui se dévoilent lors de cette marche sont toute autre chose que ce qu'une vue éloignée pouvait laisser entendre... Notre sortie s'achève par un apéritif pris sur le glacier même : un whisky « on the rocks » complètement de circonstance !
Un nouveau vol nous mène vers « la ville du bout du monde » comme elle se surnomme elle-même : Ushuaia. C'est une ville moyenne peu originale aux accents de station de sport d'hiver : magasins d'équipement « neige », commerces de souvenirs, des plaisirs de la bouche, etc, etc. Ce qui dote d'un indéniable charme la localité, c'est le cadre incroyable dans lequel elle s'inscrit : elle se trouve ceinte, d'un coté par des sommets enneigés -en cette saison, de l'autre, par le canal de Beagle, un bras de mer reliant l'Atlantique au Pacifique et séparant la Terre de Feu argentine de la chilienne.
Et pourquoi Terre de Feu, by the way ?
Parce que l'ami Magellan, lorsqu'il découvrit le détroit qui portera plus tard son nom, observa sur ces terres de nombreux feux, allumés par les ethnies locales... Et c'est aussi bête que ça !
Ces ethnies, nomades, avaient par ailleurs la surprenante habitude de se déplacer en habit d'Ève ! C'est que, l'on a beau être à moins de mille kilomètres du continent Antarctique, le climat se trouve être relativement clément : les températures, douces en hiver eu égard à la latitude des lieux, descendent rarement en deçà de -10 degrés la nuit quand elles sont généralement positives en journée ; la rudesse du climat tient aux forts vents qui balaient en permanence les terres et aux régulières précipitations, ce dont les autochtones se prémunissaient en s'enduisant simplement d'huile (ce qui s'avérait plus efficace que de porter de chauds vêtements qui se trouvaient rapidement trempés !).
L'arrivée de l'homme blanc a décimé ces populations, une bien triste histoire qui mériterait un millionième coup de gueule... mais passons !
À Ushuaia, on a passé une première journée à naviguer le canal de Beagle pour y profiter de la faune locale : deux variétés de lions de mer et deux espèces de cormorans, principalement. Nous avons le loisir de nous approcher en bateau tout près des rochers -en plein milieu de canal- sur lesquels des colonies de ces animaux ont élu domicile, de quoi les entendre se livrer à des concerts de borborygmes et de voir les mâles se livrer à d'âpres combats pour le maintien de leur harem !
À propos de quoi, je tiens à adresser une requête au Très Haut : s'il lui était loisible de me réincarner en lion ou éléphant de mer, mâle, of course ! Ceux-ci ont en effet à leur disposition un harem constitué d'un minimum de 10 femelles pour une extension maximale approchant la centaine !
Toujours dans la ville du sieur Hulot et du gel douche, nous avons réalisé une initiation à la conduite de chiens de traineau. Nous avons d'abord reçu quelques enseignements sur les races de chiens constituant ces équipages, sur l'élaboration même d'un équipage, avons pratiqué quelques exercices pratiques sur le maniement du traineau avant de s'en aller balader aux commandes de notre véhicule canin. Sur quoi, il nous faut réaliser une dédicace toute particulière à Estrella, Blacky, Luna et Fido, nos 4 huskies antarctiques, de véritables bêtes de compèt' en même temps que de formidables partenaires !
Ce fut une expérience fort jouissive, à laquelle nous avons tous deux énormément goûté et que nous recommandons vivement !
Nous avons ensuite remonté quelques 2 000 kilomètres pour nous rendre à Puerto Madryn, une ville au pied de la Pénisule de Valdès. La péninsule doit son attrait touristique au rassemblement massif d'éléphants et lions de mer qui s'y produit chaque année en cette saison.
À la même période a lieu un autre événement d'envergure non moindre : l'accouplement des baleines franches, mammifère marin fort sociable que l'on peut aisément observer de bateaux à la rencontre desquels elles se portent !
Jouant avec un timing serré, nous avons une seule journée à passer dans la région durant laquelle il nous faut profiter au maximum de la faune exotique et débordante qui se rassemble ici. Si nous observons otaries et phoques à loisir, il nous est en revanche refusé de prendre la mer !!! En raison de forts vents de sud, le port fermé n'affrète aucun bateau pour le golfe !
Nous nous consolons cependant de deux façons : la première tient à ce que nous sommes témoins d'un événement exceptionnel, le passage d'une troupe d'orques à quelques encablures des côtes. Ça n'est pas la saison pour les observer ici et de souvenir d'homme (notre guide du moins), onques ne vît épaulard croiser au large à pareille époque !
La seconde consolation vient de l'existence d'une plage qui descend si abruptement dans la mer que l'on se trouve en eaux profondes à une dizaine de mètres du littoral seulement. La conséquence en est que des baleines viennent s'y ébattre et que l'on peut aisément les observer à l'œil nu...
Peut-être ne fut-ce pas plus mal que nous ne prenions pas la mer et n'allions pas perturber les activités copulatoires des cétacés... rien de plus frustrant qu'un coïtus interruptus comme disent les océanologues ;)
De la côte atlantique, nous avons tracé plein ouest pour nous en aller rejoindre nos Andes chéries, du coté de Bariloche, dans une région dite « des lacs » pour ce qu'elle prolifère en ces étendues aqueuses. Au turquoise des eaux vient s'ajouter le merveilleux du cadre alpestre d'une région également surnommée « la Suisse argentine » !
Nos explorations des lieux sont cependant mises à mal par la quantité abondante de neige qui ne cesse de s'abattre. Nous croisons dans notre guest un couple fort sympathique de français (Véronique et Christian) avec lesquels nous nous livrons à une randonnée dans le cadre enchanteur d'une forêt aux nombreuses et féériques essences d'arbre, en bord de lac. Le seul hic, c'est que le sentier est généreusement couvert de neige et que la végétation semble s'y être donnée rendez-vous. Et quand il se met à neiger comme vache qui allaite... la situation ne s'en trouve nullement améliorée ! Mais il en faut plus pour altérer la bonne humeur de nos compagnons et la nôtre ; par exemple, un retour dans la remorque d'un camion, trempés et complètement pris par le vent glacial !
Le réconfort viendra le soir où nous donnerons une dernière chance aux vents argentins et où l'on tombera finalement sur notre première bouteille décente : un Malbec de réserve pour lequel il aura quand même fallu débourser la bagatelle d'une douzaine d'euros !
Comme l'on s'en fait tous la réflexion, c'est une somme qu'il n'est pas nécessaire de sortir en France pour boire autre chose que de la piquette !
De Bariloche, on transite par Mendoza pour passer au Chili. Après une insoutenable attente (pfff... on regardait une série sur le PC ;) de trois heures, nous avons finalement pu passer du coté obscur des Andes... (il semblerait en effet que les chiliens ne soient guère apprécié par les autres populations sud-américaines !)
On ne s'est pas arrêté à Santiago et avons filé droit sur Valparaiso, la cité portuaire aux demeures colorées. Là, nous avons fait un séjour rapide, mais avons été quelque peu surpris des permanentes mises en garde par divers membres de la population quant à l'insécurité latente en ville. Nous avons été quelque peu frustrés en conséquence de ne pouvoir nous balader à notre guise pour ce que, soit l'on nous faisait signe que l'on allait nous trancher la gorge, soit l'on se faisait gentiment emmener sous escorte policière en zone « plus » touristique...
Valparaiso aura quand même été l'occasion de découvrir un aspect de la culture chilienne en la personne du poète Pablo Neruda et en la visite de sa résidence sur les hauteurs de la ville ; une résidence qu'il a conçu lui-même et où se dévoilent de nombreux aspects de la vie quotidienne de l'écrivain.
Après Valparaiso que nous avons visité à la va-vite, nous ne pouvions en faire qu'autant pour Santiago, pour laquelle il nous était alloué moins de 24 heures...
En conséquence de quoi, à la fois par flemme, par conscience professionnelle (mieux vaut ne rien dire sur un sujet méconnu) et pour ménager le lectorat... on n'en dira rien !
Le voyage est fini, on prend notre vol dans une douzaine d'heures... On arriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiive !!!!
